Si c’était si facile.

Le bruit des autres

Il y a ces moments gravés dans le marbre des rituels familiaux. Les dîners qui s’éternisent, les lumières trop crues des salles des fêtes, le tintement des verres. Et puis, inévitablement, la question tombe, lancée entre le fromage et le dessert avec une légèreté qui me transperce : « Et alors, Baptiste, toujours pas de petite copine ? »

Derrière mon sourire de façade, j’aimerais pouvoir répondre un « oui » franc, un « oui » qui rassurerait tout le monde. Mais la réalité est plus complexe. Si seulement c’était si simple. La vérité, c’est que j’ai peur. Une peur double, qui me tenaille : celle de finir ma vie seul, et celle, plus paralysante encore, de faire le premier pas. Aller vers l’autre, c’est prendre le risque d’avoir honte. Honte de moi.

L’ombre du miroir

Moi, Baptiste. Simple informaticien, geek, photographe amateur à mes heures perdues. J’ai cette sensation diffuse, presque maladive, que la vie que je mène ne suffit pas, qu’elle sera immédiatement jugée, pesée, et rejetée.

Plus que le rejet, je crains le grand malentendu de notre époque. Dans cette jungle moderne où les rapports hommes-femmes sont devenus un champ de mines, je redoute d’être confondu avec les prédateurs. Ces hommes dictés par leurs seules hormones, incapables d’entendre ou de respecter un « non ». Par peur de mal faire, je préfère m’effacer.

Je devine déjà la pensée qui traverse l’esprit de celui ou celle qui me lit derrière son écran :

« Encore un fragile. »

Et vous aurez raison. Je le revendique. Je suis un être fragilisé par un harcèlement scolaire qui a méthodiquement consumé mon adolescence. À l’époque où les autres apprenaient à séduire, mes seuls refuges, mes seuls confidents, s’appelaient Kratos et Light Yagami. Des héros de pixels et d’encre pour panser des blessures bien réelles.

Le gardien du refuge

Alors non, je n’ai pas de petite amie. Ma « grotte » est devenue mon sanctuaire, mon havre de paix. C’est là, entouré de mes écrans et de mes passions, que je me sens en sécurité. On dira peut-être de moi que je fais pitié, mais au fond, ma plus belle victoire est ailleurs : j’aime donner le sourire aux autres, que ce soit par les lignes de code de mon métier ou à travers l’objectif de mon appareil photo.

Les opportunités amoureuses ? Je les rate toutes, volontairement, par mon absentéisme et mes silences.

Ceci est un nouveau cri du cœur, une confidence jetée sur le réseau. Je suis célibataire, profondément ancré dans ma tranquillité, loin du tumulte. Parce que pour vous dire la vérité, sans fard ni artifice : le monde extérieur m’effraie.